Sahara Occidental Marocain : mythe ou réalité ? par Bernard Lugan

Sahara Occidental Marocain : Rabat fonde sa revendication sur plusieurs grands arguments :

  1. Les liens entre le Maroc septentrional et ses « provinces sahariennes » remontent à la dynastie des Almoravides, ces Berbères sahariens qui, au XIe siècle, créèrent le Grand Maroc, du fleuve Sénégal au centre de l’Espagne.
  2. Sous les Saadiens (1554-1650) le Maroc dominait tout le Sahara occidental ainsi que la boucle du Niger.
    Aux XVIe-XVIIIe siècles, l’autorité marocaine s’étendit jusqu’à la boucle du Niger.
    A cette époque, à Gao et à Tombouctou, la prière du vendredi était dite au nom du sultan du Maroc.
  3. Le sultan Moulay lsmail (1672-1727) nommait les gouverneurs du Touat, de Teghaza et L’émir du Trarza dépendait de lui.
    À la fin du XVIIIe siècle, l’investiture de cet émir revenait au sultan marocain.
  4. La Mauritanie est une création coloniale dont les immensités désertiques furent durant des siècles sous influence marocaine.
    La véritable frontière du Maroc fluctuant vers le fleuve Sénégal, par voie de conséquence, les territoires sahariens situés plus au Nord étaient donc marocains.
  5. Au XIXe siècle, le Maroc étant entré en décadence et le pouvoir royal y étant affaibli, la France en profita pour rattacher une partie du Sahara marocain à l’Algérie. Au début du XXe siècle, le mouvement fût amplifié et les Espagnols s’emparèrent de tout le sud du Maroc, depuis Tarfaya au Nord jusqu’au territoire français de Mauritanie au Sud.
  6. Les tribus du Sahara occidental avaient des liens d’allégeance avec le souverain du Maroc. Ces liens étaient naturellement étroits quand les sultans étaient puissants et ils se relâchaient quand leur pouvoir s’affaiblissait. La plupart des tribus du Sahara marocain : « […] ont elles-mêmes des attaches avec le reste du Maroc et leurs ancêtres ou fondateurs sont venus de l’intérieur du pays. Ce furent en général des marabouts (saints) illustres comme Sidi Ahmed Rguibi, neveu de Moulay Abdelslam Ben M’chich, le grand marabout des débuts de L’Hégire, dont le tombeau se trouve près de Tétouan ou Sidi Ahmed Laroussi, originaire de Marrakech et fondateur des Larrousiyine. » (Moha, 1990 : 76).
  7. Le 16 octobre 1975, la Cour internationale de justice a reconnu qu’en 1884, au moment où l’Espagne commença à s’intéresser à cette région, elle n’était pas terra nullius et que les tribus nomades qui l’habitaient avaient des liens d’allégeance avec le souverain marocain. Les puissances européennes reconnaissaient cette allégeance envers le Maroc puisque, régulièrement, elles demandaient aux autorités marocaines d’y intervenir pour faire libérer des marins naufragés ou des voyageurs faits prisonniers par les tribus locales¹.

Historiquement parlant, ces arguments marocains sont-ils fondés ?

Plusieurs qui sont d’une grande précision confortent la position de Rabat. Ainsi :

  1. En 1889, sept prospecteurs allemands furent enlevés par une tribu nomadisant dans la Saquia el Hamra et le sultan du Maroc intervint pour les faire libérer, preuve que son autorité effective s’étendait au-delà de l’oued Drâa².
  2. Pour les signataires de la convention secrète franco-britannique du 5 août 1890, les frontières du Maroc s’étendaient de Figuig au cap Blanc (ou Lagwira, ou Nouadhibou en Mauritanie)³.

    1. Le 20 novembre 1861, un traité de commerce fut signé à Madrid entre le Maroc et l’Espagne. L’article 38 de ce traité contient les dispositions suivantes : « Au cas où un bateau espagnol ferait naufrage sur le rivage de l’Oued Noun ou en tout autre point de la côte, le Sultan du Maroc usera de son pouvoir pour sauver et protéger le capitaine et l’équipage jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dans leurs pays […] Les gouverneurs du roi du Maroc apporteront eux-mêmes leur aide au Consul Général d’Espagne, au Consul, au Vice-Consul, à l’Agent Consulaire ou son délégué dans leurs démarches, conformément aux lois de l’amitié. »
    2. Par le passé, de nombreux accords bilatéraux furent signés, notamment celui de 1799 aux termes duquel l’Espagne obtenait l’aide du sultan pour la protection des équipages des navires qui jetaient naufrage sur la partie de la côte située depuis l’Oued Noun « et au-delà ». Par ce traité, l’Espagne reconnaissait donc que tout le littoral du Sahara occidental dépendait du Maroc puisqu’il était demandé à cet État d’y garantir la sécurité de naufrages éventuels.
    3. Londres qui s’opposait à ce que la France s’installât dans le Saquia el Hamra et dans l’Oued ed Dahab, justifia cette opposition en mettant en avant l’argument de la marocanité de ces régions.

Commander : HISTOIRE DU MAROC Des origines à nos jours
de M. Bernard LUGAN

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